IA : le risque n'est pas de disparaître, c'est de ne pas être choisi…

IA : le risque n'est pas de disparaître, c'est de ne pas être choisi…

Depuis le 22 juillet, Google répond lui-même aux questions des internautes français, avant même d'afficher le moindre lien. Pour les industriels du bâtiment, dont les produits se jouent au moment où un prescripteur compare des solutions, le changement est loin d'être anodin. Les premières données françaises montrent qu'il est déjà là, et qu'il récompense ceux qui s'y préparent.

Il y a une vingtaine d'années, une question agitait les équipes marketing des industriels : fallait-il vraiment investir dans un site internet ? Beaucoup y voyaient une plaquette de plus, un coût sans retour mesurable, et un gadget pour les grands groupes.

Cimbat est né en 2003, précisément dans ce contexte, pour aider les acteurs du bâtiment à comprendre ce que le web allait changer. La suite est connue. Les entreprises qui ont pris tout de suite le sujet au sérieux ont construit une visibilité qui leur profite encore, les autres ont passé des années à rattraper leur retard.

Le secteur se retrouve aujourd'hui à l’entame d'un nouveau virage. Il porte un nom encore peu familier hors des cercles spécialisés, le GEO (pour Generative Engine Optimization), et il pose une question simple : quand une IA répond à un architecte ou à un bureau d'études ou même à un particulier, votre marque fait-elle partie de la réponse ?

Du moteur de recherche au moteur de réponse

Le 22 juillet 2026, après deux ans de blocage lié au bras de fer avec les éditeurs de presse, Google a activé en France ses AI Overviews, baptisés « Aperçus IA » en français, ainsi que son Mode IA.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Sur une partie des recherches, l'internaute voit désormais apparaître en haut de page un texte rédigé par l'intelligence artificielle de Google, qui synthétise la réponse à sa question et cite quelques sources. Les liens classiques sont toujours là, mais plus bas, et l'utilisateur n'a souvent plus besoin de cliquer.

Hier, le moteur de recherche proposait une liste de liens, et l'internaute choisissait lui-même où aller. Aujourd'hui, le moteur de réponse produit la réponse directement dans la page : la marque y est citée, ou elle n'existe pas. Demain, l'IA dite agentique ne se contentera plus de répondre, elle agira à la place de l'utilisateur, en comparant et en sélectionnant pour lui.

Et Google n'est pas seul.

De plus en plus d’internautes passent directement par ChatGPT, Perplexity ou Gemini pour préparer une décision. Au lieu de taper quelques mots-clés, ils posent une question, et lisent la réponse.

Pourquoi les industriels sont en première ligne ?

Six semaines après le lancement d’AI Overviews, Datashake a passé au crible plus de 7 300 pages de résultats Google en France, sur 55 comptes clients. Premier constat : un tiers des requêtes étudiées (33,3 %) déclenchent déjà un Aperçu IA, et cette proportion progresse d'un relevé à l'autre.

Mais le chiffre le plus intéressant pour les sociétés commerciales est ailleurs. L'Aperçu IA s'affiche sur 66 % des requêtes d'évaluation, celles qui commencent par « comment », « pourquoi » ou « quel [x] choisir ». Sur les requêtes commerciales ou transactionnelles, quand l'internaute cherche à acheter ou à contacter, il n'apparaît que dans 3 % des cas.

Autrement dit, l'IA de Google s'installe exactement là où se joue le choix du produit ou dit dans notre langage bâtiment, la prescription.

Quand un architecte cherche quel isolant retenir pour une rénovation par l'extérieur sur un bâti ancien, quand un bureau d'études compare les systèmes de ventilation adaptés à un établissement scolaire, quand un maître d'ouvrage se demande comment choisir un revêtement de sol pour un ERP, c'est désormais une réponse rédigée par l'IA qu'il lit en premier.

Et cette réponse cite deux ou trois sources, pas davantage : en septembre, les Aperçus analysés en mentionnaient 2,38 en moyenne.

 

Cimbat s'interrogeait déjà en mars sur la façon dont l'IA transforme le parcours de décision des prescripteurs. Ce qui relevait alors de la tendance est devenu, depuis cet été, une réalité mesurable dans le premier moteur de recherche du pays.

« Être bien classé ne suffit plus »

Les premiers effets sur le trafic se font déjà sentir. Selon une étude, les sites dont une part importante des requêtes déclenche un Aperçu IA, ont perdu 23 % de taux de clic en neuf jours seulement. L'information est toujours consultée, mais elle l'est de plus en plus sans visite du site.

Faut-il pour autant jeter aux orties vingt ans de référencement naturel ?

Certainement pas.

Les données de Datashake montrent qu'un site classé en première position est cité dans l'Aperçu IA dans près de six cas sur dix (58,7 %), contre 41,5 % en deuxième ou troisième position et 19,3 % au-delà. Un bon positionnement reste le premier levier pour figurer dans la réponse.

La tendance, pourtant, mérite l'attention. Entre début août et début septembre, sur exactement les mêmes requêtes, le taux de citation des sites en première position est passé de 70,7 % à 58,7 %. L'avantage de la première place s'érode, et d'autres critères pèsent davantage dans le choix de l'IA : la clarté du contenu, sa fraîcheur, la confiance accordée à la source. Le référencement reste le socle, mais il ne suffit plus à garantir la visibilité.

Votre site est-il seulement lisible par l'IA ?

Avant même de parler de contenu, une question plus basique se pose : les intelligences artificielles peuvent-elles seulement lire votre site ? La réponse n'a rien d'évident.

Lors d'un test réalisé le 4 juillet par Datashake, six grands sites français sur neuf refusaient l'accès au robot de recherche d'OpenAI, celui qui alimente les réponses de ChatGPT.

On répète : 6 sites sur 9 refusaient l’accès au robot de ChatGPT…

Le plus souvent, personne ne l'avait décidé : un réglage de sécurité, un pare-feu trop zélé, une ligne oubliée dans un fichier de configuration.

Le risque s'est accru le 15 septembre, date à laquelle Cloudflare, qui protège une part considérable des sites web, s'est mis à bloquer par défaut certains robots d'IA. Dans bien des entreprises, ce choix stratégique sera fait par un paramètre technique que personne n'aura relu.

D'autres obstacles, plus spécifiques aux sites d'industriels, s'ajoutent à la liste. Les textes affichés grâce à certaines technologies JavaScript peuvent échapper aux robots. Les fiches techniques publiées uniquement en PDF, parfois derrière un formulaire, restent des boîtes noires. Or c'est souvent là que se trouvent les informations les plus précieuses pour un prescripteur : performances, mises en œuvre, certifications.

Cimbat soulignait récemment combien l'espace de téléchargement est la pierre angulaire d'un site d'industriel. Encore faut-il que son contenu soit lisible par les machines qui orientent désormais les recherches.

La bonne nouvelle, c'est qu'aucun de ces contrôles ne nécessite de refonte, il s'agit de réglages de serveur et de balisage, pas d'un chantier de plusieurs mois.

Ce qui se dit de vous ailleurs compte plus que ce que vous dites.

Reste une réalité que l'on aurait tort d'occulter : l'IA ne se fie pas seulement à ce que les marques disent d'elles-mêmes. Selon une étude de Stacker, 64 % des citations dans les réponses IA proviennent d'éditeurs tiers, et une marque mentionnée hors de son propre site gagne en moyenne 5,3 fois plus de visibilité que lorsqu'elle ne s'exprime que chez elle.

Pour un industriel du bâtiment, ces « autres » sont bien identifiés. Ce sont les médias spécialisés du bâtiment, les plateformes de référencement produit consultées par les prescripteurs, les organismes techniques, les annuaires professionnels, les retours d'expérience publiés par des tiers.

Les relations presse, longtemps considérées comme un levier d'image, deviennent un levier de visibilité directe dans les réponses de l'IA.

Il faut le dire honnêtement : sur ce terrain, les grands groupes partent avec une longueur d'avance. Leur notoriété, leur présence médiatique et leurs budgets pèsent lourd, et une PME aura du mal à s'imposer face à eux sur des questions très générales. Mais la partie n'est pas jouée pour autant.

Les petites structures ont une carte à jouer sur les informations spécifiques que les grandes sources généralistes ne possèdent pas. Un industriel spécialisé connaît les contraintes de pose de ses produits, les erreurs fréquentes sur chantier, les cas d'usage atypiques, les réponses aux questions que ses équipes techniques entendent tous les jours. C'est précisément ce type de contenu, précis et documenté, que l'IA va chercher pour construire ses réponses.

Par où commencer pour être visible dans les IA ?

Face à un sujet encore mouvant, la tentation est grande d'attendre que les choses se stabilisent. C'est exactement le raisonnement qui a coûté cher à certains au début des années 2000. Il est pourtant possible d'avancer par étapes, sans bouleverser son organisation.

  • La première consiste à vérifier que son site est accessible aux robots d'IA. C'est le chantier le plus simple, le plus rapide, et celui dont l'absence rend tout le reste inutile.
  • La deuxième consiste à mesurer. Quelles questions se posent vos prescripteurs avant de choisir un produit comme le vôtre ? Tapez-les dans Google, posez-les à ChatGPT, et regardez qui est cité. Ce simple exercice, répété sur une vingtaine de questions clés, donne une photographie souvent révélatrice de sa position face à ses concurrents.
  • La troisième, enfin, s'inscrit dans la durée : rendre ses contenus clairs et exploitables, et construire sa présence hors de son site, auprès des médias et des plateformes qui font autorité dans le secteur.

Le virage du GEO à prendre très vite

Le moment est d'autant plus favorable que le marché démarre à peine. Les outils de mesure sont encore balbutiants, la plupart des industriels n'ont pas encore pris le sujet en main, et les positions sont loin d'être figées. Dans quelques années, la situation sera sans doute comparable à celle du référencement naturel aujourd'hui : un terrain occupé, où chaque place se gagne au prix d'efforts considérables.

Les industriels qui ont pris le premier d'internet au tout début, en récoltent encore les fruits. Le deuxième, celui du moteur de réponse, est en train de se dessiner sous nos yeux. Et le troisième, celui d'une IA qui choisira à la place du prescripteur, récompensera logiquement ceux qui auront su se rendre visibles avant lui.

Comme le résument les experts du webinar, le risque n'est pas de disparaître. C'est de ne pas être choisi.

 

Angélique MEUNIER

Chef du pôle SEO / GEO  chez GDA, éditeur de CIMBAT.COM
a.meunier@gda.fr

Sources disponibles :

https://www.abondance.com/20260914-2908368-ai-overviews-en-france-le-replay.html

À propos de Cimbat.com

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